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Les disques des Beatles ont été pressés au Canada de 1963 jusqu’à la fin des années 1980, et les CD jusqu’en 2014. Bien que le catalogue principal du groupe ait été distribué par Capitol Records, la maison de disques ne pressait pas toujours elle-même ses disques : elle en confiait souvent la fabrication à des sous-traitants. Dans les années 1960 et 1970, ceux-ci utilisaient presque exclusivement des matrices métalliques provenant directement de l’usine américaine de Capitol à Scranton. Dans les années 1990, des matrices de verre étaient plutôt expédiées de Jacksonville pour la production des CD.
Lorsque les matrices métalliques n’étaient pas expédiées au Canada, les studios RCA Victor de Toronto les fabriquaient eux-mêmes à partir de bandes maîtresses provenant des États-Unis, souvent de New York. Le procédé produisait successivement une laque, une matrice métallique négative (father), une matrice métallique positive (mother) et une matrice de pressage (stamper), ensuite envoyée aux usines pour la production.

Fait intéressant
Les premiers 45 tours des Beatles de la série 72000, ainsi que les trois premiers albums canadiens exclusifs de la série 6000 (« Beatlemania! », « Twist and Shout » et « Long Tall Sally »), étaient des produits de Capitol of Canada. Ils ont été entièrement conçus et préparés à Toronto à partir de bandes maîtresses britanniques. Les parutions suivantes ont été réalisées à partir de bandes maîtresses ou de matrices métalliques américaines.
En règle générale, des numéros de matrice estampillés indiquent l’emploi de matrices métalliques expédiées de Scranton, aux États-Unis, tandis que des numéros inscrits à la main correspondent à des matrices de pressage fabriquées au Canada à partir de bandes maîtresses américaines ou britanniques. Beatles ’65 en offre un bon exemple. Les premiers exemplaires proviennent de matrices de Scranton et portent des numéros estampillés, comme sur l’image de gauche ci-dessous, ainsi que le logo triangulaire de l’International Association of Machinists, caractéristique des pressages de Scranton. Les exemplaires ultérieurs ont été préparés à Toronto par Graham Newton et portent des inscriptions manuscrites accompagnées des initiales GN.
Compo a également préparé certaines matrices, notamment pour l’album Help!. Bien que leurs numéros soient eux aussi estampillés, comme sur l’image de droite ci-dessous, la matrice maîtresse est d’origine canadienne. La forme des caractères permet de les distinguer facilement : ceux de Scranton sont légèrement plus condensés, tandis que ceux de Compo sont plus arrondis.
Enfin, chaque usine disposait de son propre équipement, qui laissait des marques d’outillage particulières sur les disques. Le dispositif de préhension (gripper), notamment, imprimait un anneau de pressage formant une véritable signature propre à chaque usine. Avec les inscriptions de matrice, ces marques constituent les principaux indices permettant d’établir le lieu de fabrication d’un disque.
La liste ci-dessous présente les différentes usines auxquelles Capitol a confié le pressage des disques des Beatles. Des photographies illustrent leurs caractéristiques distinctives afin de faciliter l’identification des exemplaires fabriqués au Canada.
1. RCA Victor
L’usine RCA de Smiths Falls, en Ontario, a travaillé pour Capitol de 1963 jusqu’au milieu de 1976, année où Capitol a ouvert sa propre usine à Mississauga. RCA pressait aussi bien des albums que des 45 tours. Ses disques se reconnaissent à leur sillon circulaire profond (deep groove) de 70 mm sur les albums, illustré à gauche, et à la boucle fermée du « L » du logo Capitol sur les 45 tours, illustrée à droite.
RCA préparait également des laques à Toronto pour le pressage dans d’autres usines non affiliées à RCA (par exemple l’usine Capitol de Mississauga, Compo et Cinram).
Certains pressages RCA semblent présenter un simple anneau de 70 mm, avec un centre affaissé plutôt qu’un deep groove. Cette particularité a soulevé des questions chez les collectionneurs. Certains ont même avancé qu’il ne s’agissait peut-être pas de pressages RCA. Après des recherches approfondies, les auteurs y voient plutôt un défaut ou une irrégularité de fabrication : une pression inégale ou une bulle d’air emprisonnée aurait pu modifier la forme de la zone centrale où se trouve normalement le deep groove. Il ne s’agirait donc pas d’une variante de pressage distincte.
Rien n’indique que ces disques proviennent de machines différentes ou d’une autre période. Ils ne justifient donc pas une entrée distincte dans ces archives. Certains présentent même un anneau simple sur une face et un deep groove sur l’autre, ce qui confirme qu’il s’agit de pressages RCA standards. Voici les deux faces, aux caractéristiques différentes, d’un même exemplaire du premier pressage de 1970 :

Au début des années 1970, RCA expérimentait un nouveau composé de vinyle appelé Dynaflex. Plus souple, il permettait de fabriquer des disques beaucoup plus minces. Cette technologie répondait à la hausse du prix du vinyle ainsi qu’aux problèmes de voilage et de cassure des disques traditionnels. Grâce à une composition spéciale, les disques Dynaflex, qui pesaient généralement de 90 à 110 grammes contre 120 à 150 grammes pour un pressage standard, pouvaient fléchir sans casser. Les économies de matière et de transport étaient réelles, mais l’accueil fut mitigé. En théorie, ces disques minces résistaient mieux au voilage. En pratique, les résultats variaient, tandis que les audiophiles débattaient de l’effet d’un vinyle plus léger sur la plage dynamique et le bruit de surface. De nombreux acheteurs préféraient simplement le toucher d’un disque traditionnel plus lourd.
Ces pressages Dynaflex avaient un anneau de pressage différent, nettement plus petit et presque identique à celui des pressages Compo (24 mm au lieu de 25 mm). Sauf pour certains albums spécifiques qui furent pressés simultanément par les deux usines (Rubber Soul ou les albums Apple, par exemple), les matrices n’étaient généralement pas transférées d’une compagnie à l’autre. Ainsi, les rééditions avec petit anneau de pressage sont habituellement soit « toujours Compo » pour les albums traditionnellement pressés chez Compo (Revolver, Sgt. Pepper, etc.), soit des pressages Dynaflex pour les albums traditionnellement pressés chez RCA (Beatles ’65, par exemple, qui a une réédition Dynaflex avec étiquette orange).


Pour en savoir plus sur RCA Victor et ses activités de pressage, consultez
Capitol6000.com, et lire l'ouvrage de Piers Hemmingsen
The Beatles in Canada, The Origins of Beatlemania.
2. Compo
Compo, devenue plus tard MCA, a pressé des disques des Beatles de 1962 jusqu’environ 1973. Columbia (CBS) a ensuite pris le relais, avant que Capitol ne commence à presser elle-même ses disques en 1976. Pour Capitol, Compo fabriquait aussi bien des albums que des 45 tours. Ses disques se reconnaissent à leur petit anneau de 25 mm sur les albums, illustré à gauche, et à la boucle ouverte du « L » du logo Capitol sur les 45 tours, illustrée à droite. Compo servait surtout d’appoint à RCA afin de répondre aux fortes commandes, notamment celles des Beatles. Elle semble toutefois être devenue le principal sous-traitant des albums Apple entre 1968 et 1975, RCA lui prêtant alors main-forte durant les périodes de pointe.
L’usine Compo de Lachine, au Québec, près de Montréal, a pressé en 1962 le rarissime 45 tours My Bonnie sur Decca. Les activités ont toutefois été rapidement transférées à la nouvelle usine de Cornwall, en Ontario, ouverte en 1963. On ignore si le transfert était achevé cette même année, mais tous les exemplaires de A Hard Day’s Night, ainsi que les albums suivants, semblent provenir exclusivement de Cornwall. Pourtant, jusqu’à l’édition à étiquette beige, le verso des pochettes mentionnait toujours l’usine de Lachine. Compo a également pressé des disques des Beatles pour Polydor et ATCO.

3. Columbia / CBS
Columbia a pressé aussi bien des albums que des 45 tours. Ses disques se reconnaissent à leur anneau très fin de 68 mm sur les albums, à la texture mate de leurs étiquettes Apple et à leurs numéros de matrice gravés selon le système de numérotation propre à Columbia. Les disques des années 1970 à étiquette orange, illustrés à gauche, sont généralement beaucoup plus épais que les exemplaires ultérieurs à étiquette arc-en-ciel rétro, illustrés à droite. Columbia a également pris en charge le pressage des disques Apple de 1973 à 1975, comme le montre l’image du centre. Durant cette période, il semble toutefois que CBS n’ait pressé pour Apple que les 45 tours d’artistes autres que les Beatles. Les 45 tours Apple des Beatles semblent plutôt avoir été importés des États-Unis, tandis que CBS continuait au besoin de presser leurs titres parus sur Capitol.



4. Keel
Keel a pressé pour Capitol de 1969 à 1978. La compagnie pressait des disques pour des labels à petit budget comme Pickwick, qui étaient distribués par Capitol depuis 1967. Il n’est donc pas surprenant que Capitol ait exploré ses options avec l’un de ses sous-traitants proches.
Keel n’a pressé que des albums, mais aucun 45 tours pour Capitol (en ce qui concerne les Beatles), et les disques Keel se reconnaissent à leur fin anneau de pressage de 70 mm (de taille similaire à celui de RCA, mais de style similaire à celui de Columbia). Un autre indice est la qualité générale des pressages Keel, qui apparaît souvent inférieure à la moyenne : l’anneau et les étiquettes sont généralement moins bien définis. Les pressages Keel peuvent être trouvés avec des étiquettes green target (image de gauche), des étiquettes orange (image du centre) et des étiquettes violettes (image de droite). Les pressages à étiquette orange de Keel comportent souvent (mais pas toujours) un petit « K » imprimé près du logo (voir image du centre).



5. Capitol
Capitol du Canada a ouvert sa propre usine de pressage en 1976. Bien que des 45 tours y aient été fabriqués dès le début de l’année, les premiers albums n’en sont sortis qu’en octobre. L’usine de Mississauga produisait les deux formats. Les pressages Capitol se reconnaissent à leur anneau de 39 mm sur les albums, illustrés à gauche et au centre, ainsi qu’à leur rebord bosselé et à leurs étiquettes plus petites sur les 45 tours, illustrés à droite. Les derniers disques des Beatles fabriqués à cette usine, en 1983, portaient l’étiquette arc-en-ciel rétro. Les activités ont ensuite été transférées à Columbia (CBS).
Note importante : Capitol a également fabriqué ses propres bandes et cartouches 8 pistes de la fin des années 1970 au début des années 1980, jusqu’à la fermeture de son usine de Mississauga.

6. Cinram
Cinram fut un autre sous-traitant de Capitol. L’entreprise a pressé des microsillons pour Capitol of Canada de 1977 à 1983. En août 1988, elle est devenue le fournisseur attitré lorsque CBS lui a cédé ses activités de pressage. Cinram a alors produit une dernière série de microsillons des Beatles, au moment où le CD s’imposait comme format de référence.
Contrairement à ceux de Keel, les pressages Cinram étaient de très bonne qualité. Leurs derniers exemplaires à étiquette arc-en-ciel rétro comptent parmi les meilleurs pressages canadiens des Beatles sur le plan sonore. Les premiers microsillons Cinram, illustrés à gauche, se reconnaissent à leur petit anneau de 29 mm. Les pressages ultérieurs, illustrés à droite, présentent plutôt une zone circulaire en creux de 70 mm.
Les pressages Cinram se reconnaissent aussi souvent à leurs inscriptions dans la zone de fin de sillon : soit les lettres CR estampillées dans un cercle, soit un CR stylisé gravé à la main en écriture cursive. Certains ont toutefois été fabriqués à partir de matrices maîtresses préparées par Capitol et ne portent donc que des inscriptions Capitol. Les pressages Cinram à étiquette arc-en-ciel rétro conservent les inscriptions matricielles de CBS, puisqu’ils ont été produits à partir des laques reçues lors du transfert des activités de pressage.


7. Quality
Certains albums et 45 tours n’étaient pas distribués par Capitol. Les maisons de disques responsables en confiaient elles aussi la fabrication à des usines indépendantes, dont Quality, qui pressait notamment pour Metro et MGM. Les premiers albums fabriqués par Quality se reconnaissent à leur anneau de 70 mm, semblable à celui de RCA, mais dont le deep groove est moins prononcé, comme le montrent les images de gauche. Les pressages ultérieurs présentent plutôt un mince anneau de 70 mm, visible sur l’image du centre.
Les 45 tours ressemblent à ceux de RCA ou de Compo, mais sont généralement plus épais et plus robustes, comme le montre l’image de droite. Ils ont probablement été fabriqués à partir d’un autre composé de vinyle. La mention « Manufactured by Quality Records Limited » indique habituellement leur origine.


Exceptionnellement, des exemplaires tardifs de Twist and Shout ont été pressés par Quality (voir 45.72146.1.2). La raison officielle demeure inconnue, mais Capitol cherchait peut-être à diversifier ses ententes de sous-traitance. Une démarche semblable avait déjà été entreprise avec Keel dans les années 1970. La collaboration avec Quality pourrait donc avoir eu le même objectif. À ce jour, aucun disque Capitol pressé par Quality n’a été documenté. Certains collectionneurs ont suggéré que les pressages présentant l’« étrange anneau RCA » pourraient en fait provenir de Quality, mais cette hypothèse reste à confirmer en raison d’informations contradictoires.
8. Ampex et Lear Jet (bandes)
À la fin des années 1960, Capitol Canada ne possédait pas l’équipement nécessaire pour fabriquer des cassettes. Elle en a donc confié la production à d’autres entreprises, dont la filiale canadienne d’Ampex. Celle-ci a fabriqué des bandes sur bobine, les premières cassettes et des cartouches 8 pistes au format Datapack, illustrées à gauche et au centre. Certaines cassettes provenaient de matrices américaines portant la mention « Made in USA ». En 1973, la production des cartouches 8 pistes a été transférée à The Lear Jet Corporation, qui en a fabriqué au Canada jusqu’en 1976. Des étiquettes américaines étaient souvent apposées sur les cartouches canadiennes, comme sur l’image de droite.
9. Disque Americ (CD)
Fondée à Montréal, Disque Americ, aussi appelée Americ Disc, a exploité une usine à Drummondville, au Québec, du 19 février 1987 à février 2011. Elle a pressé les CD des Beatles d’avril 1990 à août 1995. Créée à l’origine comme filiale de MPO, l’entreprise a changé de propriétaire au fil des ans.

10. Cinram (CD)
Fondée à Montréal en 1969, Cinram a pressé de nombreux albums des Beatles dans les années 1970 et 1980. En novembre 1995, elle a également commencé à fabriquer des CD du catalogue d’EMI, au moment du lancement de la série Anthology. Les albums de cette série étaient toutefois pressés dans la nouvelle usine d’EMI. Les CD Cinram de 1995 portent simplement le nom de l’entreprise. EMI n’a de nouveau fait appel à Cinram qu’en 2007, après la fermeture de sa propre usine. Les disques de cette période portent le logo graphique de Cinram. Ces pressages sont faciles à dater, car leur matrice indique la date de production de la matrice maîtresse. Cinram a fabriqué des CD des Beatles jusqu’en 2014, année où les activités canadiennes ont été transférées aux États-Unis. Depuis 2022, l’approvisionnement mondial d’Universal provient d’Allemagne, par l’intermédiaire d’Optimal.
11. EMI (CD)
EMI a ouvert sa propre usine de pressage de CD à la fin de 1995 et l’a exploitée jusqu’en 2007. Ces disques présentent une zone centrale lisse et portent l’inscription EMI sur leur pourtour intérieur. Contrairement aux pressages antérieurs de Disque Americ et de Cinram, ils ont été fabriqués à partir des matrices de verre appropriées, expédiées des États-Unis. On distingue trois générations de pressages EMI selon le format de leur inscription matricielle : numéro court, numéro long ou code-barres.
